Un plan de sortie de flotte de 17 millions d’euros en cours de négociation à Bercy.

Même si la petite pêche artisanale maritime et continentale est le seul facteur de pression humain à avoir atteint les objectifs de réduction de son impact qui lui avaient été assignés  par le règlement anguille UE 1100/2007, notre administration continue à privilégier une approche simpliste complètement sectorielle en s’acharnant sur la petite pêche au lieu de s’attaquer aux autres facteurs physiques et chimiques de dégradation dont on sait que leurs impacts sont majeurs sur le futur de cette ressource anguille. 

Un plan de sortie de flotte de 17 millions d’euros est donc en cours de négociation à Bercy financé par des deniers publics.  

Pêche locale, à faible empreinte carbone, permettant une surveillance continuelle de la qualité de l'estuaire et de son axe fluvial dans sa partie inférieure, ces petits pêcheurs estuariens et fluviaux constituent des lanceurs d'alerte, malheureusement peu écoutés par ceux qui nous gouvernent.

Un principe pollueur - payeur totalement ignoré

Dans la Charte de l’Environnement inscrite dans le bloc constitutionnel français, il existe trois grands principes : le principe de précaution; le principe de prévention et le principe pollueur – payeur

Ce dernier pourtant fondamental pour minimiser les effets de certains usages industriels,  comme la production d’hydroélectricité ou l’évacuation ou la dilution des diverses substances nocives que leurs activités génèrent, qui sont largement responsables de la perte de productivité de nos écosystèmes aquatiques, mais ne sont nullement soumis à une obligation de résultats. D’où ce triste bilan: la surface de nos écosystèmes aquatiques disponible pour nos espèces de grands migrateurs comme les salmonidés migrateurs, les aloses ou bien l’anguille ainsi que la productivité de ces écosystèmes s’amenuisent. Ce n’est certainement pas en faisant disparaitre nos communautés de pêcheurs que l’on règlera ce problème dénoncé dernièrement par la Commission Européenne qui exhorte de nombreux pays européens dont la France à  lutter contre la dégradation de nos écosystèmes aquatiques que notre administration minimise largement. 

Comme nous l’avons déjà signalé à de nombreuses reprises, l’entêtement à rayer de la carte ces activités de pêche, dont certaines sont classées au patrimoine immatériel de l’UNESCO, n’a pas permis  aux populations de saumons de La Loire, de grandes aloses de Garonne ou d’anguille du Rhône d’être restaurées.

Si parallèlement rien n’est fait pour améliorer la continuité écologique et la qualité des zones de nourriceries et de frayères encore existantes, la disparition de la pêche professionnelle ne résout nullement le problème de la dégradation des ressources piscicoles. 

Le principe pollueur – payeur doit être ainsi appliqué et les usages qui impactent principalement ces ressources halieutiques et leurs principaux habitats essentiels ont de ce fait une obligation de résultats, ce qui est loin d’être le cas actuellement. 

Les grands barrages et leur multiplication sur un axe fluvial constituent un frein majeur à la colonisation des bassins versants pour une espèce comme l'anguille avec des passes migratoires généralement mal adaptées pour cette espèce. Certains de leurs équipements provoquent des mortalités importantes des anguilles argentées lors de leur dévalaison.

Un plan de sortie écologiquement inefficace, économiquement pénalisant et socialement désastreux.

D’après les premiers éléments  fournis par l’administration compétente, ce Plan de Sortie de Flotte (PSF) doit être mis en œuvre au second semestre 2026. Ce Plan concerne à la fois les marins et les fluviaux.  Il concerne non seulement les pêcheurs d’anguille, mais aussi de manière plus large l’ensemble des pêcheurs de poissons amphihalins. 

Pour être éligible , chaque patron d’entreprise de pêche doit avoir effectué entre 34 et 46 jours de pêche sur ces espèces en zone maritime pour les marins ou 38 jours de pêche en zone fluviale pour les fluviaux par an pour les saisons 2024 et 2025.

Pour la pêche maritime, le calcul n’ayant pas encore été fait pour les pêcheurs fluviaux, 125 navires en Atlantique et 51 navires en Méditerranée seraient éligibles. 

Les montants d’indemnisation moyens estimés sont de 178 000 euros par navire en Atlantique et de 130 000 euros par navire en Méditerranée. 

Pour les pêcheurs fluviaux, une indemnité fixe de 107 000 euros minimum (peut être vue à la hausse en fonction de la jauge du bateau) est prévue. 

Les dossiers seront instruits par FranceAgrimer dans le courant du second semestre 2026. 

L’obtention de cette indemnité est assujettie à la destruction du navire et donc à la diminution irréversible de l’importance de ces communautés de petite pêche qui formaient une part importante de nos cultures maritimes et rurales. 

Leurs disparitions progressives constituent un constat d’échec de nos sociétés à conserver des écosystèmes aquatiques en bon état écologique, écosystèmes déjà bien affaiblis par les effets du changement climatique. 

Confrérie de la Lamproie de Sainte - terre dont la regrettée Jacqueline Rabic était la Présidente.