Arrêtons de propager des informations tronquées pour empêcher une restauration possible et désirée mais qui sera longue.
Signification du classement de l’anguille européenne sur la liste rouge de l’UICN en catégorie CR. Non, l’anguille européenne n’est pas en voie d’extinction !
De nombreuses ONGs souhaitent la fin de toute pêche professionnelle dans les eaux continentales, estuariennes et littorales. Elles utilisent à très mauvais escient des classements effectués par des réseaux d’experts et d’organismes. Parmi ces réseaux, l’UICN ou Union Internationale pour la Conservation de la Nature regroupant des comités nationaux.
Le comité français de l’UICN a été créé en 1992 sous la forme d’une association loi 1901 et est, entre autres, membre du Comité 21 de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité. Dans ce cadre, « le Comité français de l’UICN dresse des états des lieux, formule des recommandations et gère des projets pour faire évoluer les politiques, les connaissances et la mise en œuvre d’actions en faveur de la conservation de la biodiversité ».
Un des outils le plus communément utilisé par de nombreux gestionnaires et associations environnementales est la liste rouge des espèces menacées éditées par chaque comité national dont la France. Cette liste inventorie les espèces menacées appartenant aux vertébrés (mammifères, reptiles, oiseaux et poissons d’eau douce, raies et requins), invertébrés, flore et champignons.
Pour ces différentes catégories d’espèces un classement est établi pour « identifier les espèces les plus menacées et de mesurer les progrès réalisés en France dans la lutte contre l’érosion de la biodiversité ».
Ce classement est résumé par la figure 1 ci-dessous (d’après version 3.1 des catégories et critères de la Liste Rouge de l’UICN):
La catégorie « menacée » doit ainsi retenir l’attention des gestionnaires et fortement inciter à prendre les mesures nécessaires pour restaurer l’espèce et l’empêcher de disparaitre.
Ainsi, le classement de 2019 fait apparaitre 4 espèces en catégorie menacée CR (danger critique d’extinction) : l’esturgeon européen, l’anguille européenne, la grande alose et le chabot du Lez. Contre toute attente, le saumon atlantique ne figure pas dans cette catégorie compte-tenu de la diversité des situations de durabilité de l’espèce pour différents bassins (allant de LC : préoccupation mineure à espèce EW : éteinte à l’état sauvage). Cependant, on peut se questionner sur la précision du classement lorsque l’on met dans le même « panier » l’anguille européenne et l’esturgeon européen.
En effet, pour l’anguille européenne les reproducteurs potentiels se comptent en plusieurs dizaines de millions d’individus sur une zone répartie de la Baltique au nord de l’Afrique en colonisant différents types de milieux aquatiques : marin, estuarien et continental (notons que d’après une étude génétique la population d’anguilles s’est reconstituée après la dernière glaciation à partir d’une population de quelques dizaines de milliers d’individus). Pour l’esturgeon européen dont l’aire de distribution, à la fin du 19ème siècle, couvrait une superficie de dimension presqu’analogue à celle de l’anguille européenne, il n’en restait plus à l’état sauvage à la fin du 20ème siècle que quelques individus dans le système fluvio-estuarien de la Gironde. Que dire du chabot du Lez, espèce endémique de la source du Lez dans l’Hérault.
En fait l’anguille européenne est dans cette catégorie à la suite d’un seul critère pénalisant qui est décrit dans la version 3.1 des catégories et critères de la Liste Rouge de l’UICN.
Une gamme de critères quantitatifs permet de classer l’espèce dans une catégorie : « En danger critique » ; « En danger » ou « Vulnérable ». Il suffit qu’un seul critère soit rempli pour établir le classement.
Il existe 5 critères quantitatifs désignés de A à E. Un taxon est dit En danger critique lorsque les meilleures données disponibles indiquent qu’il remplit l’un des critères A à E correspondant à la catégorie En danger critique (voir section V) et, en conséquence, qu’il est confronté à un risque extrêmement élevé d’extinction à l’état sauvage (définition des Catégories page 14 – version 3.1 des catégories et critères de la Liste Rouge de l’UICN)
Critère A – Réduction de la taille de la population. Pour l’anguille européenne au niveau national le critère adopté est A2 (pour simplifier Réduction des effectifs ≥ 80% constatée, estimée, déduite ou supposée, depuis 10 ans ou trois générations, selon la plus longue des deux périodes, lorsque la réduction ou ses causes n’ont peut-être pas cessé OU ne sont peut-être pas comprises OU ne sont peut-être pas réversibles). Ceci n’est vérifié pour l’anguille européenne qu’à partir d’une courbe de tendance dont l’évolution est soumise à contestation sur la période récente.
Critère B – Grandeur de la zone de répartition ou d’occurrence géographique. Doit -être inférieure ou égale à 100 km², ce qui n’est pas le cas de l’anguille européenne qui colonise une zone allant de la Baltique au nord de l’Afrique et tout le bassin Méditerranéen en occupant des milieux salés, saumâtres, estuariens, lagunaires, dulçaquicoles et lacustres.
Critère C – Population estimée à moins de 250 individus mâtures. Même si la population d’anguille européenne a fortement baissé et les pêcheurs professionnels n’ont pas cessé de le dire depuis une quarantaine d’années, la population d’individus potentiellement matures peut -être estimée à plusieurs dizaines de millions.
Critère D – Population estimée à moins de 50 individus matures. Pas le cas de l’anguille européenne voir critère C.
Critère E – la probabilité d’extinction à l’état sauvage s’élève à 50% au moins en l’espace de 10 ans ou 3 générations. Si l’on considère qu’une génération moyenne dans l’ensemble de l’aire de répartition est de 10 ans, il faudrait au plus une vingtaine d’années après le creux de la vague constatée sur le recrutement estuarien au début des années 2000 pour vérifier ce critère. 20 ans après on voit bien que la population résiste malgré toutes les atteintes à la qualité et à la surface de ses habitats potentiels. Les augmentations du recrutement estuarien observées sur le terrain et à partir des captures par sortie de la pêche professionnelle française (seuls indicateurs valides de l’abondance des flux de civelles en migration) viennent confirmer que la probabilité d’extinction de l’espèce à cette échéance reste certainement bien inférieure à 50%.
Comme on le voit, l’UICN classe l’anguille européenne dans la catégorie CR au seul vu du critère A, c’est-à-dire dans la même catégorie que l’esturgeon d’Europe qui se localise à un seul bassin versant, à un nombre d’individus dans le milieu naturel de quelques dizaines dont la reproduction et la survie en milieu naturel restent plus qu’aléatoire. Ceci nous semble plus qu’exagéré.
Un seul critère dont le niveau est contesté pour classer l’anguille européenne dans la catégorie « en danger critique d’extinction »
Le classement de l’anguille à partir du seul critère A est fait à partir de données dont la qualité est de plus en plus contestée (contrairement au cahier des charges de l’UICN, ce ne sont pas les meilleures données disponibles). En effet, la série de données ne prend plus en compte les informations issues des pêcheries françaises depuis 2008, ainsi que le montre la figure ci-dessous (4 des principales pêcheries ne sont plus répertoriées depuis 2008 et la dernière depuis 2015)
Résultat, mentionné par le dernier rapport du groupe de travail du CIEM (WG report 2025, figure 2, page 77) : la tendance de la série de données qui devrait matérialiser l’évolution de l’abondance des civelles dans le golfe de Gascogne, lieu central de l’arrivée des civelles dans la zone de colonisation continentale est maintenant conditionnée par les données de l’Ebre et de la lagune d’Albufera, en Méditerranée, et dont la hausse des valeurs ne peut être détectée que beaucoup plus tard !
Il est temps d’arrêter de colporter des informations alarmistes dont le but, pour de pseudos ONGs environnementales, est seulement d’éradiquer de nos territoires ruraux et maritimes des activités de petite pêche dont certaines sont maintenant inscrites aux patrimoines matériels et immatériels de l’UNESCO.
Un classement certes exagéré, mais utile qui a conduit à l’élaboration par les acteurs, dont les pêcheurs, du règlement anguille 1100/2007.
Ce classement par l’UICN n’a pas laissé indifférent le Parlement Européen qui a approuvé la mise en place du règlement 1100/2007 anguille. Ce règlement a eu pour conséquence de mettre en place des plans de gestion avec l’accord et la participation de nombreux acteurs dont ceux de la pêche professionnelle maritime et continentale. En Novembre 2023, le rapport sur l’évaluation des plans de gestion anguille dit « rapport Van Ruyssen » a été approuvé par le Parlement et mentionne notamment qu’il était temps d’arrêter les contraintes sur la pêche qui avait atteint les objectifs qui lui avaient été assignés. Par contre, les pressions exercées par les autres usages n’avaient pas été réduites. En 2026, la Commission Européenne a lancé une procédure d’injonction contre la France en estimant que l’état réel des cours d’eau est sous-évalué. Certes, mieux vaut tard que jamais, mais il aurait fallu que la Commission soit moins prompte à contraindre encore plus, un mois après la sortie du rapport Van Ruyssen, la pêche professionnelle de l’anguille avec des calendriers de pêche complètement déconnectés de la réalité socio-économique et ne présentant aucun plus pour la gestion d’une espèce dont le prélèvement par pêche au stade civelle est géré par quota (voir Quand les bureaucrates de Bruxelles ignorent la réalité de terrain. – Anguille Responsable ) .
Non, la CITES n’interdit pas forcément le transport de l’anguille en dehors de sa zone de répartition. Le secteur de la pêche civelière française est bien le dindon de la farce !
La CITES (Commerce International des espèces sauvages) a été créée lors de la Convention de Washington en 1973. Son but : protéger les espèces menacées d’extinction par le contrôle du commerce international de leurs spécimens.
La CITES classe les espèces selon différentes annexes. Ainsi l’anguille européenne (seule espèce d’anguille classée par la CITES) est classée à l’annexe II. Son commerce à l’extérieur de l’Europe est soumis à régulation par un permis d’exportation ou de (ré) exportation des espèces inscrites à cette annexe II. L’inscription à l’annexe I proposée en 2025 par la Commission Européenne sans concertation avec le Parlement Européen aurait interdit complètement le commerce de l’espèce et donc la pêche de l’anguille à tous ses stades en Europe, ce qui impliquait l’arrêt de l’élevage (voir Le bon sens l’a emporté ! L’inscription du genre anguilla sp. à l’annexe II de la CITES n’est pas passée – Anguille Responsable ).
En France, et dès la mise en place du règlement UE 1100/2007, la gestion des captures de civelles par la pêche professionnelle maritime et continentale a été effectuée au moyen de quotas définis par un comité scientifique utilisant comme base les expertises effectuées au sein du groupe de travail anguille du CIEM (Conseil International pour l’Exploration de la Mer).
Cette gestion par quota a été faite pour faciliter la mise en œuvre et le contrôle de l’article 7 du règlement UE 1100/2007 concernant les mesures relatives au repeuplement : réservation d’au moins 60% des civelles capturées pour les besoins de repeuplement dans les bassins hydrographiques de l’anguille définis par les Etats Membres.
Ceci avait aussi pour conséquence que les 40% restant pouvaient être commercialisés à des fins de consommation et exportés en dehors de l’UE sous mandat CITES vers des marchés plus rémunérateurs que le marché européen. Jusqu’en 2010 un sous-quota d’export de 14 tonnes était autorisé en-dehors de l’Europe, puis interdit par la Commission ultérieurement pour des raisons non expliquées, mais certainement pas liées à la protection de l’espèce.
Les conséquences ont été économiquement désastreuses pour la pêcherie française, mais très profitables à la filière d’élevage allemande et hollandaise qui bénéficiait ainsi d’un prix contraint vers le bas pour la consommation (400 euros environ le kg, alors que sur le marché asiatique les prix étaient 10 fois plus élevés) et pour les projets de repeuplement en Europe où les prix au kg ont chuté jusqu’à 150 euros ces dernières années, permettant à la filière d’élevage du nord de l’Europe d’avoir un marché très rémunérateur pour la production d’anguillettes de repeuplement issues de l’élevage.
Le dindon de la farce a été sans conteste le secteur français de la pêche de l’anguille. La pêcherie d’anguille (tous stades confondus) qui pesait 54 millions d’€ (valeur 2024) de 1975 à 2007(90% de la valeur due à la pêche civelière) n’en pesait plus que 18 millions après la mise en place du règlement UE et surtout de la décision de la Commission Européenne d’interdire l’export hors UE de la civelle de consommation ( Une fausse bonne idée: l’inscription de l’ensemble des anguilles à l’Annexe II de la CITES. – Anguille Responsable ).
Pourquoi est-il justifié réglementairement et biologiquement d’exporter hors de l’UE sous mandat CITES de la civelle de consommation.
Il faut savoir tout d’abord que l’exportation de l’anguille européenne se fait régulièrement sous mandat CITES hors de son aire de répartition vers l’Asie ou l’Amérique du Nord ou bien dans des pays situés dans son aire de répartition, mais non UE. Les autorités CITES du Maroc, du Royaume-Uni ont permis ce type de transport. Plus largement les pays du Maghreb exportent de l’anguille européenne ce qui explique en partie pourquoi on trouve de l’anguille européenne sur les marchés asiatiques. Certes, le marché illégal est le grand pourvoyeur et l’inscription de l’anguille européenne à l’annexe II de la CITES ainsi que la décision non justifiée de la Commission européenne d’interdire l’export hors UE n’ont pas résolu le problème.
Pour la France, les productions de civelles légalement pêchées et destinées à la consommation sont tout à fait éligibles. Pour établir un mandat CITES d’export ou de ré-export il faut plusieurs conditions comme l’indique le tableau ci-dessous :
Conditions requises | Situation de la filière anguille européenne |
Il existe un plan de gestion agréé par les autorités gestionnaires européennes conformément au règlement 1100/2007. | Le plan de gestion anguille français est bien agréé par l’Europe et les professionnels français par le biais d’ARA France mettent en œuvre le plan de repeuplement défini. Ils ont atteint les objectifs assignés par l’UE en matière de réduction de leur empreinte écologique. |
Que l’espèce soit pêchée ou produite conformément aux lois en vigueur concernant la protection de la faune et de la flore dans l’Etat concerné. | La civelle est pêchée conformément aux directives édictées par les autorités administratives compétentes, dans le respect des quotas alloués et aux dates indiquées. |
Qu’un tel export ne soit pas fait aux détriments de la survie de l’espèce. | L’export hors UE est demandé sur le quota de consommation défini dès le départ du plan anguille par les autorités administratives françaises et par un conseil scientifique commandité par l’administration compétente. Il ne peut, dans le cadre existant : pêche autorisée sur ce stade, régulée suivant les directives définies par l’Europe et par les autorités compétentes françaises, pris sur un quota destiné à la consommation et non au repeuplement, nuire à la survie de l’espèce. |
Il est temps que la Commission Européenne arrête de manipuler les experts pour cautionner ses propres décisions en posant des questionnements qui n’ont rien à voir avec la réalité biologique, sociale et économique. Pour l’anguille, le questionnement est simple pour l’autorisation d’export sous mandat CITES : « est-ce que l’export de civelles destinées à la consommation est plus préjudiciable pour la survie de l’espèce en-dehors qu’à l’intérieur de l’UE sachant que la pêche est légalement autorisée et contrainte suivant les directives européennes ». La réponse est bien évidemment NON sans qu’il soit besoin d’avoir de grandes discussions entre experts et c’est évidemment ce qui a motivé les autorisations d’export sous mandat CITES hors de la zone de répartition par des pays qui n’appartiennent pas ou plus à l’Union Européenne.
Le bilan économique et social est ainsi catastrophique pour le secteur de la pêche de l’anguille et notamment celui de la civelle : écroulement des chiffres d’affaires des entreprises de pêche travaillant légalement et pêche et trafic illégaux de civelles peu ou pas contrôlés. C’est pour cette raison qu’à la COP 20 de la CITES, l’inscription de l’ensemble des anguilles à l’annexe II de la CITES a été rejetée par la majorité des pays, inscription qui avait été proposée par la Commission Européenne et par la même personne qui avait suggéré l’inscription de l’anguille européenne à l’annexe I !
Des dossiers toujours à charge contre la petite pêche littorale, estuarienne et continentale.
Historiquement, que cela soit au niveau national, puis ensuite européen, la petite pêche maritime et continentale a toujours été peu aidée par les pouvoirs publics. Le rapport coordonné par Meuriot en 1985 décrit la situation et l’évolution de la flottille de pêche française après la Seconde Guerre Mondiale. Les segments de la pêche industrielle dans les eaux lointaines, puis de la pêche artisanale dans les eaux européennes sont fortement aidés financièrement pour la rénovation de ces flottilles. Un seul segment, le plus important en terme d’unité de pêche, est délaissé : celui de la petite pêche côtière, estuarienne et lagunaire et encore plus celui de la petite pêche continentale. Actuellement, la plupart des aides consenties pour cette activité de petite pêche sont fléchées vers la casse de navires et l’arrêt des entreprises sans prendre en compte l’importance patrimoniale de ces activités pour de nombreux territoires ruraux et maritimes.
L’anguille a été une espèce qui a soutenu fortement l’économie de ce segment de la flottille et continue encore à le faire malgré toutes les contraintes réglementaires et la dégradation chimique, physique et biologique des milieux aquatiques que ces entreprises de petite pêche exploitent.
La figure ci-dessous montre l’évolution de la valeur des captures déclarées sur cette espèce en France dans la partie sous juridiction maritime. A son « apogée économique », la pêcherie en première vente vaut entre 80 et 110 millions d’euros (euro constant valeur 2024), actuellement elle ne pèse plus économiquement qu’une vingtaine de millions suite à la chute en chiffres d’affaires coïncidant à la mise en œuvre du règlement 1100/2007 et à l’interdiction d’export hors UE par la Commission Européenne.
Pourquoi tant d’approximations et de données de terrain non utilisées ? Résultat : une divergence profonde entre ce qu’affirment les experts et ce qui est constaté sur le terrain par les professionnels.
Pourtant, l’objectif de diminution de l’empreinte écologique de la pêche a été atteint, mais la Commission s’acharne encore sur une activité dont visiblement elle ne veut plus, bien aidée en cela par une administration nationale qui n’exige même pas que les meilleures données disponibles soient incorporées à l’expertise comme le demandent le Principe de Précaution et le Principe de Prévention. Les experts du CIEM travaillent à partir de données incomplètes sur le recrutement et sur la quantité de géniteurs effectivement présents.
La définition du quota national en civelles et son niveau à la baisse ne tient même pas compte des données de terrain, pourtant soigneusement répertoriées par les pêcheurs et contrôlées par les services de l’Etat (ce n’est pas le questionnaire sur le niveau qualitatif des remontées de civelle qui change quelque chose). Visiblement, ces contrôles ne servent qu’à punir, mais pas à mieux connaitre la réalité du terrain. Le bilan est une courbe de tendance du recrutement en civelles toujours aussi plate, mélangeant sans discernement recrutement estuarien, recrutement fluvial, séries de données disparates et souvent non validées récupérées sur diverses façades : Manche, Atlantique et Méditerranée.
La diminution du nombre de pêcheurs, du nombre de jours de pêche n’est même pas incorporée dans les analyses alors que l’on sait qu’il y a un lien direct entre volume d’eau filtré et intensité du prélèvement.
Pourquoi considérer qu’une civelle transférée et introduite dans de nouveaux milieux dans de bonnes conditions aura le même avenir qu’une civelle qui finit dans la poêle ou en élevage alors que les observations venant des projets de repeuplement mis en place en Europe et en France montrent que les taux de survie de ces civelles transplantées sont importants ( De qui se moque-t-on ? – Anguille Responsable ).
Tout est fait pour justifier un objectif non avoué : éradiquer toute pêche professionnelle des eaux intérieures, estuariennes et même littorales.
Est-ce que les pêcheurs seraient des témoins gênants ? Il est vrai qu’ils n’ont pas cessé de dénoncer la détérioration de ces écosystèmes souvent dans l’indifférence générale et en premier celle de soi-disant ONGs environnementales qui ne songent qu’à une chose: faire disparaitre cette activité dont certaines pratiques figurent au patrimoine matériel et immatériel de l’UNESCO.
L’Europe vient de condamner la France pour des diagnostics plus qu’optimistes sur la qualité de nos écosystèmes aquatiques. Les pêcheurs professionnels le disent depuis près de 40 ans ! En Méditerranée d’après le rapport de la CGPM (Commission Générale des Pêches en Méditerranée) 38% de la surface utilisable par l’anguille européenne est colonisable naturellement. Dans toute l’Europe, 65% des zones humides et particulièrement dans les parties basses des bassins versants ont été dégradées ou asséchées. Rien n’a été fait pour remédier à cela comme le demande le règlement anguille UE 1100/2007. La Commission Européenne et ses deux Directions DGMARE et DGENV sont complices de la mise en œuvre d’une vision complètement sectorielle dont on sait qu’elle est inappropriée pour les migrateurs amphihalins. En effet, ils ont, en 2021, modifié leurs lettres de commande vers les structures d’expertises alors que jusqu’en 2021, l’approche demandée était globale et écosystémique comme le précisait le règlement anguille UE 1100/2007 (ensemble des pressions humaines réduites à zéro si possible).
L’AFPMAR ne peut soutenir de tels comportements technocratiques qui nuisent fortement à l’image de l’Europe et de son fonctionnement démocratique et demande que toute la vérité soit faite sur cette espèce en concertation avec les acteurs de la filière anguille en Europe ( Il y a de quoi désespérer de l’Europe et de sa gouvernance pour ce qui concerne la gestion de l’anguille et de ses habitats – Anguille Responsable ). C’est le moins que l’on puisse exiger alors que la Commission continue de refuser d’appliquer l’article 7 alinéa 6 du règlement 1100/2007, relatif à la modification de la clé de répartition consommation/repeuplement dès lors que le prix au repeuplement est bien inférieur au prix de la consommation.