Par un communiqué de presse en date du 11 décembre 2024, le Conseil Européen a fait connaitre sa décision sur l’anguille.
« Given the continued critical state of European eel, the Council decided to continue the six-month closure period for any commercial eel fishing activities, with certain exemptions already agreed for 2023 and 2024, and to keep prohibiting recreational fisheries. »
Etant donné l’état toujours critique de la population d’anguille européenne, le Conseil décide de prolonger la période de fermeture de 6 mois pour toutes activités de pêche de l’anguille, avec certaines exceptions acquises en 2023 et 2024 (30 jours pour la consommation et 50 jours supplémentaires uniquement pour le repeuplement ) et de conserver interdite la pêche récréative sur l’anguille.
Il est évident que cette décision est une demi-mesure qui ne lève aucunement les incertitudes concernant cette activité vitale pour le quart de la flottille de petite pêche maritime dans le golfe de Gascogne et indispensable au maintien de nombreuses flottilles littorales en Méditerranée et dans nos eaux continentales.
L’histoire de la gestion des stocks de poissons diadromes comme le saumon, la truite de mer, la grande alose, la lamproie marine, l’anguille montre que, sans une vision globale de l’ensemble des facteurs qui pèsent sur ces ressources, la restauration ne peut se faire uniquement avec une simple régulation ou même une interdiction de la pêche.
L’histoire nous montre aussi que pour ces espèces, l’éradication de toute activité de pêche professionnelle fait tomber dans l’oubli ces espèces patrimoniales. Même le saumon qui jouit d’une image de véritable totem biologique n’échappe pas à cette règle. L’histoire de saumon de La Loire ou du Rhin est là pour nous le rappeler, l’espèce ne pesant rien devant nos appétits à prendre le fleuve pour un simple canal d’approvisionnement en eau.
Il faudra donc que la Commission arrête de demander au CIEM de fournir des avis sur un questionnement auquel cet organisme ne peut pas répondre tant les données qu’il récolte sont fragmentaires et disparates. Continuer dans ce sens relève de l’aveuglement technocratique ou bien d’une volonté non avouée d’éradiquer la pêche.
La décision en catimini de la Commission d’inscrire l’anguille en annexe I de la CITES (pêche interdite) nous montre que celle-ci a décidé de tout faire, sans évaluation des résultats des plans de gestion, pour satisfaire certaines ONGs dont la défense de l’environnement constituent une source de pub ou bien un simple business.
Il nous faut donc revenir à l’évaluation des plans de gestion telle que demandée par le rapport Van-Ruyssen de novembre 2023, validé par le Parlement Européen et non à l’acharnement de l’ancienne Commission à interroger des groupes d’experts uniquement pour conforter une position décidée à l’avance: détruire le tissu de la petite pêche professionnelle sur cette espèce. Cela ne fera qu’accélérer la diminution de l’espèce qui semble actuellement stabilisée comme en témoigne les arrivées conséquentes de civelles de ces dernières années. Cela laissera le champ libre aux nombreux usages qui ont saccagé les habitats essentiels à la production d’anguillettes situés notamment dans les parties basses des estuaires et sans lesquels la population ne peut se reconstituer convenablement.
Nous insistons donc en 2025 sur la nécessité de mettre en place une véritable évaluation des plans de gestion à l’échelle européenne découlant sur un projet de sciences participatives impliquant notamment l’utilisation des savoirs et savoir-faire des acteurs de la filière anguille pour définir un projet de restauration active basé sur une gestion de l’espèce et de ses habitats prenant en compte comme le veut la définition du développement durable: l’aspect environnemental, l’aspect social et l’aspect économique.
Ceci doit se faire lors de « Rencontres anguille » organisées à l’échelle de l’Europe par l’Union Européenne où l’ensemble des acteurs mettront leurs savoirs en commun dans un cadre qui pour la pêche sera: « Pêcher moins et valoriser mieux ».