Encore un article sur le trafic de civelles dans les médias et rien sur le reste !

Rappel

Le 12  mars France Bleu et France 3 publiaient un article:  » Un trafic de civelles estimé à 600 000 euros démantelé entre la France et l’Espagne: huit suspects interpellés « . Comme d’habitude quelques inexactitudes notamment sur le prix alloué au kg de civelles qui est de 400 euros le kg non sur le marché asiatique (où il peut atteindre plus de 10 fois ce prix ), mais bien sur le marché européen pour ce qui concerne la civelle dite de consommation (à destination des restaurateurs ou des fermes d’élevage). 

Cet article appelle de l’AFPMAR  les commentaires suivant:

  1. Il est très dommageable que les organes de la presse écrite ou audiovisuelle ne parlent de cette activité de pêche à la civelle que par le biais du braconnage et du trafic en occultant les efforts des pêcheurs et mareyeurs pour informer et relater sur les nombreuses pressions que subit cette espèce depuis au moins le milieu du 20ème siècle. C’est aussi passer sous silence tous les efforts que cette profession de petite pêche fait pour minimiser son empreinte écologique et mettre en œuvre conformément au plan de gestion anguille français le programme de repeuplement en liaison étroite avec les organismes scientifiques et  avec des résultats sur le terrain plus que convaincants.
  2. L’AFPMAR, comme d’ailleurs toutes les structures de la pêche professionnelle, condamne ces malversations qui nuisent à l’image d’une activité de petite pêche multiséculaire dont certaines pratiques sont inscrites au patrimoine immatériel de l’UNESCO. L’AFPMAR s’insurge contre la présentation faite par de nombreux médias d’une filière anguille qui n’est caractérisée que par le prisme déformant du trafic d’une espèce que nos gestionnaires considéraient comme une espèce nuisible jusqu’au début des années 80s.  Non, les pêcheurs professionnels ne sont pas des délinquants et la quasi totalité des 500 pêcheurs d’anguille de la façade atlantique ne sont pas des dealers comme le clament certains médias et ONGs mal intentionnées. Les pêcheurs professionnels n’ont de leçon à recevoir de personne et cela irait certainement mieux au niveau environnemental si on les écoutait un peu plus. 
  3. Si l’espèce a vu son abondance largement diminuer, il est totalement abusif de la décréter sans discernement en « danger critique d’extinction » en ânonnant ce classement de l’UICN basé sur un seul critère d’analyse (voir précédente actualité). Si l’abondance de cette espèce ne peut être connue avec précision, un ordre de grandeur  peut être donné: il est de plusieurs dizaine de millions d’individus répartis sur une surface de colonisation qui va du Nord de l’Europe au Nord de l’Afrique. Il est temps d’arrêter de désinformer un public qui mérite mieux que cela, en véhiculant ces approximations en forme de « brèves de comptoir » qui, in fine, laissent le champ libre aux pilleurs d’environnement qui fragilisent le devenir de l’espèce et de ceux qui l’exploitent avec discernement. 
  4. Cette nouvelle affaire judiciaire met en évidence l’intensité et l’efficacité des contrôles effectués par les services de gendarmerie et des douanes ainsi que la sévérité des peines encourues. Nous aimerions également que cette sévérité s’applique à tous ceux dont l’activité entrave la libre circulation des migrateurs et dégrade la qualité physique et biologique des cours d’eau. C’est loin d’être le cas!
  5. Indirectement, le standard AFPMAR est conforté notamment au plan de la traçabilité et de la légalité des productions couvertes par la marque et contrôlées directement par les services de l’Etat et d’Interpol. 
  6. Il est temps pour les médias de dire la vérité : les acteurs de la filière anguille sont les seuls à avoir tenu les engagement tels qu’affichés par le Règlement UE 1100/2007 . Ceci a été confirmé en novembre 2023 par le rapport du Parlement Européen. Pour les autres facteurs de pression ceci est loin d’être le cas et les pêcheurs professionnels attendent avec impatience la réalisation des promesses effectuées par les administrations de tutelles sur l’amélioration de la continuité écologique et la préservation de nos habitats aquatiques. Il est grand temps que les médias comme certaines ONGs reconnaissent le rôle social, économique et patrimonial de cette petite pêche artisanale dont la disparition sera une perte considérable pour l’identité de nos terroirs maritimes et ruraux.