Les multiples procès faits dernièrement à des acteurs de la filière pêche ont provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux dont certaines délivrées par de pseudo-journalistes voulant faire la promotion de leurs podcasts et dont la probité intellectuelle et l’éthique en la matière laissent vraiment à désirer.
Mais il est vrai que pour racoler large il vaut mieux tomber dans la caricature et l’approximation. C’est bien dommage car nos concitoyens méritent mieux que cela d’autant que le pseudo-journaliste dont il est question s’appuie sur un agent de l’OFB qui n’a pas fait, dans ce contexte, preuve de beaucoup d’impartialité.
Assimiler des pêcheurs professionnels à des salopards !
Prendre l’exemple du procès de Bordeaux où des pêcheurs professionnels comparaissaient pour trafic de civelles pour qualifier même indirectement les pêcheurs de salopards, relève du racolage à bon compte afin de mettre en avant un podcast sur l’anguille dont le contenu est plus qu’approximatif et bourré de raccourcis qui orientent le public vers ce que désirent in fine le concepteur du podcast et son conseiller technique: la fin de la pêche professionnelle sur les poissons migrateurs et particulièrement l’anguille.
La pêche, la pêche, toujours la pêche !
Oublié bien sûr, la dégradation environnementale qui n’a cessé de croitre depuis le milieu du 20ème siècle, la pollution grandissante avec des molécules non biodégradables comme les PCBs que nous ne cessons de trouver dans les sédiments, le pillage de nos habitats aquatiques, l’entrave à la libre circulation des migrateurs.
Le consultant de l’OFB s’empresse bien évidemment de citer, hors contexte, la conclusion du Conseil International pour l’Exploration de la Mer sur laquelle notre Commission Européenne s’est empressée de souscrire à l’encontre des objectifs du règlement européen 1100/2007: pas de pêche !
Sauf que ce consultant oublie de dire que ce conseil ne constitue en rien un avis circonstancié et qu’il constitue uniquement la suite logique de l’impossibilité de cette structure d’expertise du CIEM à évaluer, suivant les critères d’expertise usuels, l’état de santé de cette population.
La seule donnée sur laquelle s’appuient les experts du CIEM est une courbe de tendance d’un indicateur relatif du recrutement en civelles dont la validité, depuis 2008, est fortement questionnée par les pêcheurs professionnels puisque cette courbe ne prend pas en compte les données de la pêcherie française ce qui est un comble lorsque l’on prétend mesurer les fluctuations du recrutement en civelles dans le golfe de Gascogne.
Pas d’évaluation crédible des captures d’anguilles à l’échelle de l’Europe, pas d’évaluation de l’importance actuelle de la population d’anguille et surtout pas avec les moyens généralement employés par les scientifiques dont l’OFB, bref pas d’éléments solides pour fournir un diagnostic et donc conformément à l’approche de précaution du CIEM pas d’avis formel sauf un conseil à destination de la Commission Européenne qui est: pas de pêche (tant qu’une évaluation ne peut être faite).
Ceci est différent d’un avis étayé et ce conseil ne se base que sur une pseudo courbe de recrutement dont la qualité s’est fortement dégradée par la faute même de l’OFB qui aurait dû communiquer les données françaises relatives aux pêcheries et précisément répertoriées et déclarées par les pêcheurs professionnels.
Bref , l’agent de l’OFB incriminé dans ce podcast ferait bien de réviser sa copie où alors laisser la parole à d’autres collègues de l’OFB plus à même de fournir des indications pertinentes aux auditeurs.
La civelle n'est ni de l'or ni de la cocaïne
Non, les pêcheurs professionnels de civelle ne sont pas des trafiquants ni des vendeurs de drogue et le prix de la civelle qu’ils commercialisent n’a rien à voir, malheureusement, avec le prix d’un lingot d’or (en gros 200 fois moins le kg). Il est vrai que certains agents de l’OFB semblent coutumier du fait en parlant de ceux qui nous nourrissent par leur travail: agriculteurs et pêcheurs, en assimilant également les agriculteurs à des dealers.
Nous ne sommes pas dupes de ce genre de dérapage verbal qui sème le doute dans l’esprit de certains lecteurs et auditeurs souvent enclins à juger sans connaitre.
Tout d’abord, la civelle n’est pas de la drogue. Sa consommation n’entraine pas d’accoutumance ni de conséquences sanitaires.
Le prix octroyé au secteur de la pêche civelière n’a rien à voir avec le prix du marché asiatique puisque les technocrates de la Commission Européenne interdisent, sans raison valable, l’export hors de l’Europe de la civelle de consommation. Si fait que le prix atteint au mieux une valeur comprise entre 400 et 500 euros et non 4000 euros comme le laissent entendre certains. Ceci pour une quantité très limitée par pêcheur de l’ordre de 40 kg pour un quota de 55 tonnes. Quant au prix de la civelle de repeuplement, il est fortement contraint en Europe par une demande très inférieure à l’offre, contrainte induite volontairement par la Commission Européenne du fait de son refus d’appliquer l’article 7 du règlement UE 1100/2007.
Un sujet aussi sérieux que la gestion de la ressource anguille et du devenir de nos petites pêches continentales, estuariennes et côtières mérite un peu plus de considération.
A tous les justiciers de la plume et des réseaux sociaux, à tous ceux qui jettent l’opprobre sur une profession multiséculaire avec vos propos outranciers, voire diffamatoires, vous faites le lit de la dégradation de nos environnements aquatiques que les pêcheurs visualisent au quotidien.
Ceux qui nous gouvernent et nous administrent en France et en Europe savent bien que la pêche n’est pas le facteur principal de la diminution de ces ressources amphihalines. De nombreux exemples sont là pour montrer que l’arrêt de la pêche n’a pas résolu les problèmes que rencontrent ces espèces : saumon de Loire, aloses de Gironde, saumon de l’Adour, anguille du Rhône et du Rhin, mais il est plus facile bien évidemment de s’attaquer au maillon socialement et politiquement faible: la pêche.
Cependant, lorsque toutes ces communautés de petite pêche qui bonifient nos patrimoines matériels et immatériels auront disparu qui pourra parler de la terre, de l’eau et des ressources aussi bien que ceux qui en vivent et les défendent au quotidien.