Le député Jean-Michel Brard intervient auprès du Ministre sur la pêche civelière, mais la réponse du Ministre et de son administration est loin d’être à la hauteur.

Comme il l’avait promis après avoir écouté les pêcheurs professionnels, le député Jean-Michel Brard est intervenu auprès du Ministre sur les inquiétudes très fortes des pêcheurs d’anguilles sur leur avenir. 

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La réponse du ministre et de son administration n'est pas à la hauteur

Le député pose une question précise sur le fait que les séries qui sont utilisées pour fonder le diagnostic sur l’état du recrutement en civelles n’utilisent pas les données de la pêcherie française et de ce fait ne sont pas représentatives de ce qui se passe réellement sur le terrain.

La réponse du ministre est plus que vague et évoque une soi-disant prise en compte de l’avis des pêcheurs pour l’établissement de l’indicateur. Ceci est erroné et signalé déjà par l’AFPMAR. L’avis des pêcheurs professionnels n’est utilisé que de manière qualitative sur la période de pêche qui vient de se dérouler par rapport à l’année précédente. Cet avis  ne peut dans ce cas influer sur la tendance de l’évolution de l’indice dont le calcul depuis 2008 n’utilise plus les données de la pêcherie française pourtant précisément répertoriées et en possession de l’administration. Nous demandons de nouveau que ces données soient incorporées depuis 2008 dans l’estimation de la courbe du recrutement en civelles. Il en va de la fiabilité de l’expertise sur l’évolution de la ressource anguille. 

La seconde question posée par le député Jean-Michel Brard porte sur le différend qui oppose les pêcheurs professionnels aux experts dans le mode de calcul de la diminution de la mortalité par pêche. En effet, les experts estiment qu’une civelle de repeuplement a le même avenir qu’une civelle de consommation c’est à dire une survie nulle. Ce que conteste à juste titre les pêcheurs professionnels. 

La réponse du Ministre et de son administration est encore à côté du sujet et évoque la transparence donnée aux résultats portant sur le repeuplement en France. En effet, les résultats du repeuplement en France sont tout à fait transparents et divulgués par ARA France qui est une structure professionnelle coordonnant le repeuplement en France et les protocoles de suivi de ces opérations en liaison étroite avec les scientifiques et en particulier le Muséum d’Histoire Naturelle. Ces résultats largement diffusés montrent en particulier que la survie des civelles « repeuplées » est excellente et que ces repeuplements produisent non seulement de l’anguille jaune , mais aussi de l’anguille argentée migrant au sein des populations d’anguilles argentées issues des civelles colonisant naturellement ces milieux.  Du fait de la diffusion large de ces résultats, large diffusion que met en exergue le Ministre, il est incompréhensible que l’OFB comme le groupe d’experts accrédité par l’administration pour le calcul de la diminution de la mortalité par pêche et de la définition du quota continuent avec l’accord de l’administration à considérer que la survie des civelles de repeuplement est nulle. Les pêcheur demandent donc, à juste titre, que la capture des civelles de repeuplement ne soit plus considérée comme la capture des civelles de consommation, c’est à dire avec une survie nulle, mais avec une survie au moins égale à 50% sinon plus ( à discuter)  de la survie des civelles naturellement installées.    

La troisième question de Monsieur le député Brard porte sur l’inquiétude grandissante des pêcheurs professionnels sur leur avenir. Il rappelle, pour la région ligérienne l’importance de l’anguille sur l’économie des petites pêches littorales, estuariennes et continentales.

Le Ministre ne nous rassure guère sur ce point et évoque : « la priorité du gouvernement est de soutenir l’activité des pêcheurs  en assurant la durabilité de l’exploitation des ressources. Force est de constater que l’anguille connait aujourd’hui un effondrement critique depuis ces dernières décennies puisque la population a chuté de 90% en 40 ans et est confrontée à un risque d’extinction d’où une baisse des quotas afin de suivre les recommandations des scientifiques. la priorité étant de trouver un compromis entre durabilité de l’activité et durabilité de l’espèce« . 

Beaucoup de choses à dire sur cette intervention qui montre que l’administration donne à son ministre des éléments de langage fortement erronés. 

Tout d’abord avec la politique actuelle telle que définie par l’administration française sous  contrôle de l’administration européenne, nous n’atteindrons à court terme ni la durabilité de l’activité des pêcheurs, ni la pérennité de la ressource anguille. C’est plus qu’évident et le dernier projet de décret (voir actualité précédente) en est le plus bel exemple. 

Il serait temps également que l’on arrête de confondre évolution de la tendance d’un indice de recrutement relatif en civelles dont on a dit qu’elle était biaisée à partir de 2008 et évolution de la quantité d’anguilles présentes en Europe. Il convient de rappeler que les estimations des quantités d’anguilles actuellement présentes sont surtout connues dans des milieux dont la profondeur n’excède pas le mètre (voir rapport du CIEM). Si l’anguille est confrontée à un risque d’extinction, cela ne sera certainement pas lié à la pêche, mais à l’absence comme pour le saumon ou l’alose d’efforts suffisants pour améliorer la continuité écologique. Sur ce point la dernière feuille du route du GT pêche amphihalins ne nous rassure guère : « Toutefois, concrètement, de nombreuses démarches sont paralysées sur le terrain : la présente feuille de route doit avoir comme ambition de lever les blocages et d’apaiser les polémiques locales« . On comprend pourquoi, il est plus facile de s’acharner sur la pêche, mais cela ne règle nullement le problème. 

Enfin, il serait temps que, pour une fois, l’administration écoute les gens de terrain et surtout ne fasse pas semblant de le faire. Il est évident que nous allons avec les décisions prises par la France vers la disparition des petites pêches professionnelles en estuaire et dans les eaux intérieures, mais aussi vers des populations de poissons migrateurs relictuelles. 

L’AFPMAR a fait une proposition concrète : « Pêcher moins et valoriser mieux ». Elle est compatible avec les règlements européens n’en déplaisent aux technocrates de Bruxelles. Elle permettrait de fixer un quota conforme à la protection de la ressource sous réserve d’avoir une véritable politique de restauration active, tout en permettant d’obtenir un juste prix pour les civelles capturées et commercialisées par la filière française. 

En dehors de cette proposition, il n’y a pas d’autres solutions crédibles pour assurer la durabilité de l’activité des pêcheurs et celle de la ressource anguille.