Compte-tenu des conditions climatiques, un début de saison en demi-teinte.

Des conditions climatiques souvent défavorables à la capturabilité des civelles

Neige, temps froid, crues soudaines n’ont pas facilité la montée des civelles dans les estuaires ni leur présence dans la partie superficielle de la colonne d’eau, là où elles sont facilement capturables par les tamis à main ou poussés et pibalours qui opèrent surtout à la surface ou dans le haut de la colonne d’eau. Résultat: peu de pêches donnant lieu à de forts débarquements. On connait mieux depuis le programme INDICANG coordonné par IFREMER de 2004 à 2008, les conditions qui agissent sur le comportement de la civelle lorsqu’elle remonte les estuaires. Des températures peu élevées limitent leurs mouvements et les « plaquent » au fond dans des couches d’eau moins froides. Des crues soudaines bloquent ces alevins le long des berges dans des endroits de calme, là où les tamis poussés ne peuvent opérer. Inversement des débits fluviaux peu conséquents ont des capacités d’attraction relativement faibles. Toutes ces conditions agissent sur le comportement des alevins et sur ce que les scientifiques appellent le degré de « capturabilité » du poisson c’est à dire sa disponibilité et sa vulnérabilité à l’engin de pêche utilisé. 

Un lourd carcan administratif qui n'a pas de raison d'être et qui pénalise une fois de plus le secteur de la pêche.

l’AFPMAR ainsi que les organisations professionnelles  ont dénoncé cet ajout de périodes et de temps de pêche qui ne rend pas plus efficace le contrôle de l’effort de pêche déjà existant. 

La France, pour cette pêcherie, a opté, dans son plan de gestion accepté par l’UE,  pour une gestion par quota  et un contrôle du nombre de licences octroyé qui est d’ailleurs en constante diminution. Malgré cela, et sans concertation, la Commission Européenne, a imposé des règles très strictes sur la durée de la saison de pêche. Celles-ci limitent très fortement le temps de pêche durant la période de remontée principale sans tenir compte des aléas climatiques (30 jours pour le marché de la consommation, seul marché vraiment porteur et 50 jours supplémentaires pour alimenter le marché européen du repeuplement, marché peu rémunérateur). 

Le bon sens voudrait que dès lors qu’une quantité de captures est définie conformément au règlement 1100/2007 par un comité scientifique, le temps pendant laquelle cette quantité est débarquée n’entre pas en ligne de compte dans la mortalité par pêche. 

Mais la Commission semble en la matière avoir perdu son bon sens. Résultat: si les conditions hydro-climatiques ne sont pas favorables à la pêche, les petites entreprises de pêche s’enfoncent encore plus dans un marasme économique. 

Un marasme économique doublé d'un mal-être social

L’AFPMAR recueille sur le terrain de nombreux témoignages concernant les effets désastreux de cette pression administrative permanente sur le moral des pêcheurs ; pression ressentie également par le monde agricole devant la surdité de ceux qui pensent que les problèmes liés à la gestion du vivant ne se résolvent qu’à coup de normes et de règlements. 

Entre la Visio capture imposée à des personnes dont certaines n’ont jamais utilisé un smartphone et des calendriers en inadéquation totale avec  les réalités du terrain, nous atteignons l’absurde !

Le système de contrôle qui pèse sur l’exploitation et la vente de cette ressource est devenu tellement anxiogène  qu’il fait peser une charge psychologique très lourde sur des pêcheurs professionnels déjà bien inquiets sur le devenir de leur métier. 

A ce stade, on peut parler de conditions de contrôles indignes, appliquées sans bon sens et sans réelle concertation à des femmes et des hommes qui respectent les règles, s’adaptent sans cesse et sont à l’origine  d’une filière anguille en Europe (pêche, mareyage, repeuplement,  élevage et transformation) qui représente annuellement entre 100 et 120 millions d’euros de chiffres d’affaires (alors que le secteur de la pêche en recueille en gros 10 à 15%). C’est aussi un pillage de nos cultures locales et régionales, une  perte de savoirs et de savoir-faire qui ne s’apprend pas dans les ordinateurs et encore moins dans les bureaux, mais sur le terrain en côtoyant les anciens et plus généralement ceux qui pratiquent cette activité. 

Alors, nous vous le demandons une fois de plus;  desserrez ce carcan administratif  qui ne colle ni avec une gestion conforme à la réglementation européenne ni avec la protection de l’espèce et adaptez le calendrier  de pêche aux aléas de la Nature et non l’inverse.

Prenez un peu de ce bon sens commun à ceux qui vivent de l’exploitation des ressources naturelles et qui ont si souvent mis en garde ceux qui nous administrent et nous gouvernent  devant la dégradation inconsidérée de nos milieux naturels.