Un rappel historique pour affirmer la légitimité de l’AFPMAR dans la défense de la pêche civelière française

Pourquoi la nécessité de ce rappel

Ces dernières semaines, l’AFPMAR (Association Française pour la Promotion de l’Anguille Responsable) a été attaquée de manière virulente sur les réseaux sociaux : une personne appartenant au bureau du SEG (Sustainable Eel Group)  n’hésitant pas à qualifier de supercherie le standard de la marque collective reconnue par les structures officielles de la pêche en France.

En même temps le SEG (Sustainable Eel Group) présente sa norme comme la « seule référence fiable pour la gestion responsable du stock d’anguilles européennes » et s’approprie comme « l’une de ses réalisations les plus marquantes », la réduction des pressions exercées sur le stock d’anguilles européennes.

Afin d’éviter toute polémique stérile, l’AFPMAR préfère rappeler un certain nombre de jalons historiques et mettre en valeur les efforts considérables du secteur de la pêche professionnelle de l’anguille que le SEG   ne cite généralement qu’au travers de la réduction du marché illicite.

Préambule

Il est important de signaler que la gestion de l’anguille européenne se fait dans le cadre du règlement UE 1100/2007 qui, en novembre 2023, a été confirmé par le Parlement européen (rapport Van-Ruyssen) comme « le meilleur outil existant pour la gestion et la restauration du stock d’anguille ».

Il faut également rappeler que les représentants de la pêche civelière française ont toujours combattu la pêche et la vente illégale. Divers représentants comme Louis Vilaine, Jacqueline Rabic, Jacques Lespine ou encore Dominique Mahaut se sont opposés de manière très ferme à ces pratiques et la période 1990 – 2017 n’était pas caractérisée par « de mauvaises pratiques, une situation d’irresponsabilité et un climat d’illégalité » comme le prétend le SEG. Les Comités de Gestion des Poissons Migrateurs étaient des instances d’échanges entre les acteurs qui permettaient de mettre en oeuvre une gestion responsable. L’interdiction d’export en-dehors de l’aire de répartition demandée par l’UE aux Etats Membres à partir de 2010 n’a fait malheureusement qu’empirer un trafic illégal déjà bien connu et combattu.  

Quelques repères historiques pertinents

De 2004 à 2008, à l’initiative de la partie française, mise en place d’un important programme de recherche et de gestion intitulé « abondance et colonisation de l’anguille européenne dans la partie centrale de son aire de répartition ». Ce programme subventionné en partie sur des fonds européens était coordonné par IFREMER et permettait d’accroitre fortement nos connaissances sur l’anguille européenne du sud des Îles Britanniques au nord du Portugal. Il réunissait non seulement les spécialistes des 4 pays concernés travaillant sur l’espèce, mais aussi des gestionnaires, des structures associatives et des pêcheurs professionnels pour mettre en commun leurs connaissances académiques et traditionnelles. Un guide méthodologique a été publié en trois langues : français, espagnol et anglais. Dans ce cadre, les facteurs intervenant sur la mortalité après pêche des civelles ont été étudiés.

En 2009, organisation à Biarritz, à l’initiative des pêcheurs français et en collaboration avec des structures internationales comme le NASF (North Atlantic Salmon Fund), du forum mondial des pêcheurs, l’ICSF (International Committee for Small Scale Fishery), des représentants de la pêche professionnelle espagnole, islandaise, groenlandaise, féringienne, hollandaise, des « Rencontres Internationales de la petite Pêche Maritime et Continentale ». Il est alors défini le concept de pêche responsable défendu par A. Bogasson. Ce concept est adopté par la pêcherie française littorale, estuarienne et continentale compte-tenu de l’impossibilité de converger vers une activité de pêche dont la durabilité n’est plus seulement du ressort de la pêche, mais aussi des efforts des autres usages pour minimiser leurs impacts sur les environnements aquatiques. Ainsi le terme « responsable » de l’AFPMAR découle directement de cette réflexion.

En 2010, la France propose son plan de gestion anguille qui est validé par l’Union Européenne. Dans ce cadre, la pêche civelière dont l’effort était déjà bien contrôlé par l’instauration d’un régime de licences, est réglementée par la définition d’un quota conforme à la réduction de la mortalité par pêche demandée par le règlement UE 1100/2007 : 50% de diminution par rapport à la période 2004 – 2008. Ce quota est défini par un comité scientifique indépendant de la pêcherie et discuté avec la profession au sein du comité socio-économique. Actuellement, l’objectif est atteint et n’a rien à voir avec la mise en place d’une quelconque norme, mais seulement aux restrictions définies dans le cadre du plan de gestion anguille français. Ce quota est ensuite, conformément à la clé de répartition imposée par l’UE, partagé en un sous-quota de consommation (40% du quota global) et un sous-quota de repeuplement (60% du quota global). Si certaines structures de la filière anguille européenne trouvent le quota français surdimensionné par rapport au marché (notamment celui du repeuplement), la diminution du quota global entrainerait mécaniquement une baisse du quota de consommation seul créneau économique réellement porteur pour la pêcherie civelière française. Le secteur pêche ne pourra s’adapter plus longtemps à un marché du repeuplement aussi peu porteur.

En 2010 également est créée ARA France (Association pour le Repeuplement de l’Anguille en France) afin de coordonner le repeuplement en anguille en France. Ainsi, de 2011 jusqu’à ce jour, cette association coordonne des études avec des organismes de recherche et d’expertise dont le Muséum d’Histoire Naturelle et l’OFB (Office Français de la Biodiversité) pour mesurer les effets du repeuplement sur la population d’anguille. Ces résultats ont fait l’objet d’une synthèse qui positionne cette structure comme une pièce maitresse du plan de gestion français. L’AFPMAR est membre d’ARA France.

En 2011, les structures officielles de la pêche maritime et continentale en association avec le WWF France et l’appui de scientifiques définissent un guide de bonnes pratiques pour la pêche civelière et le repeuplement de manière à minimiser la mortalité après pêche de la civelle, mortalité extrêmement variable suivant l’engin utilisé et les pratiques de pêche (durée du trait, vitesse de pêche, maillage du tamis). Ce guide utilise les données recueillies notamment dans le cadre du projet INDICANG et sont synthétisées dans une charte de bonnes pratiques que tout propriétaire d’une licence civelle se doit de signer. Cette charte de bonnes pratiques constitue la base du standard AFPMAR fondé sur des connaissances académiques et traditionnelles. La version actuelle du guide a été définie en 2012 et le SEG  s’en est fortement inspiré pour définir sa norme.

En 2023, l’AFPMAR est créée et la refonte totale du bureau est faite en 2024 afin de mieux défendre le secteur de la pêche française contre les attaques de nombreuses ONGs et pour montrer l’importance de préserver le secteur de la pêche de l’anguille, le seul à avoir atteint les objectifs définis par le règlement UE 1100/2007. L’analyse socio-économique du secteur pêche montre qu’en dépit de ses efforts, c’est le secteur qui accuse une perte très forte de son poids social et économique en France, mais aussi en Europe.

Actuellement, les entreprises de pêche affiliées à cette marque collective qui garantit la légalité, la qualité et la traçabilité des produits pêchés sont au nombre de 250. C’est une adhésion individuelle des entreprises de pêche et non collective d’une pêcherie au vu de l’expertise de quelques unités de pêche (comme le pratique la certification SEG).

Ceci fait la force de la marque et sa légitimité.

Et maintenant

Nos adhérents signalent, sur tous les estuaires, des remontées abondantes de civelles depuis ces dernières années. Ces deux dernières années, des civelles d’un poids très important (entre 1800 et 2000 au kg) sont observées. Ceci n’avait jamais été vu ces 40 dernières années. L’AFPMAR se mobilise comme ARA France pour en savoir un peu plus sur ces changements en lien avec des scientifiques.

L’avenir pourrait être plus serein, malheureusement, beaucoup d’ONGs s’acharnent contre la petite pêche en demandant sa disparition. Le commissaire européen aux affaires maritimes et à la pêche a demandé, avant son départ, d’enclencher la procédure d’inscription de l’anguille à l’annexe 1 de la CITES, ce qui mettrait fin, sauf accords politiques, à la filière anguille en Europe.

L’AFPMAR est ouvert à toute discussion pour le bien de la filière anguille en Europe, mais n’acceptera jamais que le secteur de la pêche soit dominé par le secteur de l’élevage. Il est temps d’arrêter ces luttes stériles pour le seul profit de certains. L’affaire dite de « l’appel d’offres de Brandebourg » sur laquelle l’AFPMAR n’est pas intervenue comme l’affirme une certaine personne, montre que l’on ne peut pas s’approprier des fonds publics en imposant une norme quelle qu’elle soit ou des conditions précises qui flèchent une structure, empêchant ainsi une libre concurrence.

En outre, il est important que certains comprennent que la civelle pêchée en France n’est pas la propriété d’un groupe dominant de la filière d’élevage. Cette ressource doit être exploitée au mieux des intérêts de chaque maillon et en premier lieu de ceux des producteurs et de la bonne marche des programmes de repeuplement.

L’étude du marché de la civelle de repeuplement en France montre que lorsqu’il n’y a pas de concurrence sur un appel d’offres, cela se fait aux détriments des producteurs et non de l’acheteur. Pour le repeuplement français où l’ensemble des mareyeurs SEG ou non SEG est appelé à participer au plan de repeuplement les prix sont très supérieurs à ceux pratiqués dans les autres pays européens et notamment pour les appels d’offres où le label SEG est indûment exigé.

Nos propositions

  • Organiser les assises (rencontres) de la filière anguille en Europe. Les acteurs de la filière anguille européenne (pêche, élevage, valorisation) sont les seuls à pouvoir le faire et combattre tous ensemble les lobbies qui veulent la fin de la filière anguille en Europe. Sans la pêche pas d’avenir ;
  • Exiger une évaluation des plans de gestion, ce qui n’a jamais été fait par la Commission européenne qui a, de manière technocratique, imposé ses vues en total désaccord avec le Parlement Européen ;
  • Organiser le marché de la civelle en Europe suivant le principe : « Pêcher moins et valoriser mieux ». Actuellement la situation de la petite pêche estuarienne et continentale est critique et s’il n’y a pas redressement des chiffres d’affaires, certaines structures ne pourront même plus fonctionner. Le marché du repeuplement n’est pas assez rémunérateur et la production de plus en plus d’anguillettes aboutit à une offre très supérieure à la demande et aux financements existant, ce qui aurait dû automatiquement aboutir à la modification de la clé de répartition (article 7 du règlement 1100/2007).

La situation est critique, mais pas désespérée. Ensemble nous y arriverons, mais pas aux détriments de l’une ou l’autre des parties.

Sans la pêche, la veille environnementale et les savoirs et savoir-faire nécessaires à la gestion de nos écosystèmes aquatiques et des ressources halieutiques qu’ils hébergent ne pourront ni se faire, ni se conserver.

L’AFPMAR est là pour le rappeler, en partenariat avec les structures officielles de la pêche en France et avec ARA France .