Des actes valent mieux que de longs discours

Les pêcheurs professionnels de civelle sur La Loire continuent patiemment leur travail de repeuplement sur La Loire, un des grands axes fluviaux de la façade atlantique se situant au centre de l’aire de répartition de l’anguille européenne. 

Après avoir patiemment défini la zone de relâcher, les civelles, transportées, en partie, par un mareyeur de l’AFPMAR, sont relâchées en présence d’un technicien du bureau d’études FishPass qui s’assure, entre autres, de la bonne acclimatation des civelles à la température du fleuve avant de les déverser. 

Les civelles ont été marquées ce qui permet d’obtenir des données quantitatives sur la survie des alevins immergés dans ces endroits. 

Certains pourraient se poser la question somme toute logique : pourquoi capturer des civelles en bas de l’estuaire pour les remettre plus en amont ? Pourquoi ne pas les laisser tout simplement migrer librement ? 

Réflexion de bon sens, mais qui se heurte malheureusement à l’état de nos environnements aquatiques. 

Les travaux effectués sur la colonisation des bassins versants par les flux de civelles montrent que lorsque celles-ci se pigmentent, elles  migrent vers le fond et acquièrent un comportement quasi-territorial. Ceci se fait d’autant plus vite que la température augmente.  Il leur faut alors une surface importante pour grossir et éviter  une mortalité trop élevée en partie basse (liée à ce que l’on appelle des phénomènes de densité-dépendance). 

Or, depuis au moins une trentaine d’années, les axes  fluviaux ont été, petit à petit, déconnectés de leurs zones humides latérales soit pour reconquérir des terres à bâtir ou à cultiver, soit pour lutter contre les inondations. Ainsi des digues, des clapets à marée ont souvent isolé l’axe principal de ses annexes hydrauliques. Ces zones humides ont joué un rôle primordial dans la production d’anguillettes qui ensuite pouvait coloniser l’ensemble du bassin versant.  D’où la nécessité de ne pas mettre tous ses œufs (ou plutôt  alevins) dans « le même panier » et d’en disperser au moins une partie dans des endroits plus propices où les civelles pourront, en l’absence de concurrence intraspécifique, mieux prospérer. 

Les efforts consentis par la pêche pour minimiser son impact sur la population à l’échelle de l’Europe et les nombreux projets de repeuplement entrepris en Europe et financés par de l’argent public sont au moins en partie responsables des flux importants de civelles observés actuellement. Ceux qui ont eu l’habitude de travailler sur ces pêcheries n’hésitent pas à dire que les abondances observées sont du même ordre de grandeur que celles que l’on observait dans les années 80s. 

Il reste maintenant à bien  accueillir ces flux de civelles. Le repeuplement ou plutôt le transfert vers des zones plus propices (d’un même ou d’un autre bassin versant) est, dans ce contexte, une solution cohérente pour accélérer cette restauration. 

C’est ainsi que le rôle de la pêche professionnelle prend toute son importance: produire localement et gérer au mieux dans un contexte de changement global.