Bilan sur la saison de pêche à la civelle 2025 – 2026 et sur le niveau de recrutement estuarien

Un bref rappel météorologique

l’AFPMAR a fait l’analyse de 4405 fiches de pêche enregistrées par les mareyeurs de l’AFPMAR durant la saison 2025 – 2026. 

Selon le bilan climatique effectué par Météo France du 1er décembre 2025 au 28 février 2026, l’hiver 2025-2026  a été classé parmi les 10 hivers les plus arrosés depuis 1959 et marqué par des crues majeures, en particulier sur la Garonne, la Maine, la Loire et la Charente. Le mois de février  a été notamment classé comme le plus arrosé depuis 1959.  Ces crues sont liées principalement à une suite de perturbations apparues entre le 7 janvier et le 19 février 2026. 

Si la température moyenne permet de classer l’hiver 2025 – 2026 comme un hiver doux, un épisode de froid remarquable a affecté la France entre le 24 décembre 2025 et le 12 janvier 2026. Cet épisode de froid intense est noté également à l’échelle de l’Europe dès le début du mois de janvier 2026 et se prolonge en février en Pologne, dans les Pays Baltes, en Finlande, pays qui effectuent quand les conditions climatiques le permettent des repeuplements en civelles, ce qui n’était pas le cas en janvier et en février 2026. 

La saison est marquée également par deux fortes tempêtes sur la côte atlantique dont la tempête « Nils » avec des vents puissants d’une vitesse supérieure à 110km/h. 

La figure ci-dessous effectuée avec des données provenant de l’activité de pêche civelière en Charente maritime permet de positionner ces épisodes climatiques par rapport à la distribution des captures par sortie répertoriées sur ces zones de pêche. 

Niveau des captures par sortie répertoriées sur les lieux de pêche de Charente Maritime. En bleu les civelles prises sur le quota de consommation et en orange les civelles prises sur le quota de repeuplement.

Malgré des conditions climatiques non optimales et des contraintes très fortes sur l'exercice de la pêche, l'analyse des données de la pêcherie montre un niveau de recrutement estuarien qui se maintient à la hausse

Variation des CPUE (en kg/sortie) sur différentes unités de gestion anguille. La saison 2025 - 2026 est figurée en bleu

L’intensité du recrutement estuarien d’après les indicateurs couramment utilisés en Biologie des Pêches, malgré les contraintes très fortes sur les temps de pêche en zone maritime, les conditions météorologiques extrêmes à certaines périodes, est au moins du même niveau que celui de la saison dernière et d’après les données historiques équivalent à celui que l’on pouvait répertorier en moyenne dans les années 90s.

La relative faiblesse des niveaux de captures répertoriés sur l’Adour notamment pour la pêcherie maritime au tamis poussé, peut être expliquée par des conditions climatiques défavorables à l’exercice de la pêche et une demande très faible des promoteurs de repeuplement en civelles dans la partie du Nord de l’Europe soumise à des épisodes de froid intense à partir du mois de janvier 2026. 

Notons que de manière générale, les moyennes des captures par sortie concernant les civelles de repeuplement sont plus élevées que celles des captures par sortie pour les civelles de consommation. Ceci est généralement lié, dans le domaine maritime, à une période de pêche plus étalée dans le temps des civelles utilisées pour le repeuplement.  La figure ci-dessous montre pour la zone de la Vendée maritime et des rivières vendéennes la dispersion des captures sur la saison. 

Notons que les sorties pour la civelle de repeuplement se font de manière générale (surtout en fin de campagne) sur contrat (demande explicite du mareyage) et en fonction des quotas disponibles. 

Une remontée du recrutement estuarien dans le golfe de Gascogne largement sous-estimée par le CIEM

On peut remarquer l'impact de la réglementation sur la dispersion des débarquements pour la civelle de consommation (30 jours d'ouverture) et pour la civelle de repeuplement (50 jours supplémentaires)

Nous ne cessons de le dire et nous le démontrons: la remontée du niveau de recrutement estuarien est largement sous-estimée par le CIEM dans le golfe de Gascogne. On ne peut continuer à ignorer délibérément les données des pêcheries françaises qui sont les seules à pouvoir caractériser de manière crédible l’arrivée des civelles dans nos principaux estuaires. Depuis 2008, ces données ne sont plus prises en compte et ce n’est pas les quelques séries répertoriées dans les passes à anguilles qui, au mieux (sous condition de valider l’efficacité de l’ouvrage), ne peuvent que caractériser un recrutement fluvial. 

Les pêcheurs professionnels ne cessent de demander que cette analyse du CIEM soit reprise en prenant en compte, conformément au Principe de Prévention (inscrit dans la Charte de l’Environnement), les meilleures données disponibles. ce n’est pas le cas à l’heure actuelle.