Contexte
Le 19 février 2026 avait lieu au Secrétariat Général des Pêches à Madrid une réunion sur le thème: « Situation de l’anguille européenne (Anguilla anguilla) et perspectives de mesures de conservation dans un cadre prenant en compte la pêche légale et un contrôle de la chaîne de commercialisation« .
Outre Madame Isabel Artime, Secrétaire Générale de la Pêche et des représentants de ses services, étaient présents: Monsieur Basilio Otero, président de la Fédération Nationale des Guildes des Pêcheurs en Espagne; Messieurs Uxio Benitez et Ibai Aguirrebarrena, respectivement Secrétaire Général d’APROANG ( Association professionnelle de la pêche et de la commercialisation de l’anguille en Espagne ) et membre de la direction d’APROANG. Notons que Monsieur Aguirrebarrena est également vice-président d’AFPMAR et membre d’ARA France et qu’il apportait dans ce cadre les éléments de connaissances et de positionnement de ces structures dans la gestion de l’anguille européenne.
Un des buts de cette réunion était notamment de plaider contre l’idée d’un arrêt de la pêche et de la vente d’anguilles que le Ministère de la Transition Ecologique avait approuvé à la suite de la proposition effectuée à l’initiative des « chefs d’Euro-Toques ».
Notons que deux jours avant cette réunion, la majorité des Communautés Autonomes avait rejeté la proposition du Ministère de la Transition Ecologique de durcir la législation en vigueur sur la protection de l’anguille ce qui aurait abouti à une interdiction de sa pêche et de sa commercialisation.
Principaux éléments de cette réunion
Les professionnels présents ont exposés leurs visions de la situation et notamment leur volonté de protéger cette espèce et ses habitats comme cela est préconisé par le rapport du Parlement Européen de Novembre 2023: mise en place d’une approche écosystémique, ce qui n’est pas le cas actuellement. Ils ont bien insisté sur le fait que le secteur de la pêche et de la commercialisation était le premier concerné par la protection de cette espèce et que ce secteur avait atteint les objectifs assignés par le règlement UE 1100/2007, mais pas les autres usages impactant la productivité des milieux aquatiques.
Les principaux points suivants ont été abordés:
- Engagement formel pour la durabilité
- Le secteur réaffirme être “le premier intéressé” par la durabilité : l’activité dépend de la reconstitution du stock, et la pêche est déjà réglementée depuis près de 20 ans par une planification et un encadrement européen.
- Besoin de transparence et de méthode
- APROANG souligne une période récente marquée par un déficit de transparence, de nombreuses informations partielles et des prises de position non concertées.
- Demande : que les décisions s’appuient sur une vision complète du problème, et non uniquement sur l’outil “interdiction”.
- Nécessité d’une “évaluation objective” du stock européen d’anguilles et de la définition de meilleurs indicateurs, notamment sur le recrutement
- Proposition de création d’une table technique “science–secteur” pour :
- améliorer les données disponibles,
- définir des indicateurs de suivi robustes,
- conduire une évaluation objective et partagée de l’état du stock.
- Proposition de création d’une table technique “science–secteur” pour :
- Approche réellement européenne (et non seulement locale)
- Argument central : le cycle biologique de l’anguille couvre 38 pays et deux continents.
- Conséquence : une réponse uniquement “locale” (Espagne seule) est jugée inefficace ; il faut une action coordonnée à l’échelle UE, et l’application complète du règlement européen, au-delà du seul volet “pêche”.
- Réduction en priorité des mortalités non liées à la pêche.
- Le secteur demande d’accélérer des plans opérationnels sur :
- continuité écologique (barrières, passes, franchissabilité),
- mortalités liées aux turbines, pompages, destruction d’habitat, pollution,
- et de renforcer la lutte contre la pêche illégale.
- Le secteur demande d’accélérer des plans opérationnels sur :
- Repeuplement : lancer ou structurer un programme national espagnol sur le modèle du plan de repeuplement français coordonné par ARA France.
- APROANG et les confréries plaident pour un programme espagnol de repeuplement, avec :
- mécanismes d’évaluation scientifique,
- suivi et contrôle sanitaire,
- articulation avec les dispositifs européens.
- APROANG et les confréries plaident pour un programme espagnol de repeuplement, avec :
- Traçabilité : distinguer clairement la chaîne légale des pratiques illégales afin de :
- sécuriser la chaîne légale et contrôlée,
- isoler les pratiques non déclarées / non réglementées.
- Analyse socio-économique des mesures
- Le secteur demande que toute mesure additionnelle soit accompagnée d’une évaluation des impacts socio-économiques, en particulier sur les communautés littorales, les pêcheurs artisanaux et les autonomes.
En conclusion
Le danger d’un durcissement de la réglementation sur l’exploitation et la commercialisation de l’anguille européenne n’est pas écarté, mais les propositions effectuées par APROANG et la Guilde des Pêcheurs sont en accord avec les propositions effectuées par AFPMAR et ARA France. Plusieurs dossiers ont été fournis au Secrétariat Général des Pêches Espagnol en appui de cette intervention:
- Livre blanc de l’anguille – AFPMAR
- Rapport ADRAF – ARA France
- Rapport du Parlement européen sur l’anguille TA-9-2023-0411 – (Van Ruijsen)
L’AFPMAR appuiera toute initiative visant à une meilleure reconnaissance de la filière anguille en Europe et est prête à toute collaboration permettant une meilleure évaluation de cette ressource, de son exploitation et de sa valorisation dans un cadre de restauration active à l’échelle européenne.