L'AFPMAR aurait bien voulu se tromper et faire son "mea culpa, mea maxima culpa".
Malheureusement ce que nous avions dit à propos du dernier décret du 29 octobre 2025 (TECL 2526877A) fixant les quotas de civelle à 55 tonnes pour cette saison et 43 tonnes à réviser la saison prochaine, se confirme.
Ce sera 43 tonnes au maximum sous réserve d’avoir un indicateur de recrutement à la hausse.
Ceci est confirmé par le rapport du Groupe Technique Pêche mis en place par l’administration et qui dit explicitement ceci: « Une trajectoire de diminution de ce quota a été décidée à partir de la saison 2025-2026, qui débute le 1er novembre. Pour la saison 2025-2026, le quota total pour la France sera de 55 tonnes. Cela représente une diminution de 15 % par rapport à la saison précédente. Pour la saison 2026-2027, le quota total sera de 43 tonnes au maximum, et pourra être mis à jour en fonction de l’expertise scientifique conduite chaque année à la fin de la saison de pêche.«
Mais décidé par qui et sur quelle base ! Décidé par l’administration sans qu’elle apporte la preuve du bien fondé d’une telle décision. Base largement contestée par les professionnels au sein du CSE qui n’admettent pas la non prise en compte des données de la pêcherie française depuis 2008 qui sont non seulement disponibles, mais d’une qualité bien supérieure aux données utilisées par le CIEM pour la partie centrale de l’aire de répartition.
Pas la peine de réunir le Comité Scientifique si les modes de calcul et la base de données ne changent pas car la pseudo expertise sera déjà pliée et la version 26 tonnes sera imposée par l’administration.
Cerise sur le gâteau !
Pour couronner le tout, un projet de décret circule pour contingenter façon « bouilleur de cru » les licences dans le domaine fluvial. Décret faisant aussi écho à la proposition de ce même groupe technique sur l’instauration d’un contingentement des licences qui existe également dans le domaine maritime.
Mais ici, l’administration va plus loin et ajoute : « sous-section 4 de la section 3 du chapitre VI du titre III du livre IV du code de l’environnement (partie réglementaire), il est ajouté un paragraphe 4 » qui stipule que les autorisations de pêche ne pourront être accordées qu’à une liste de pêcheurs qui peuvent justifier « avoir capturé entre 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2025 des anguilles au stade de développement considéré et leurs compagnons désignés conformément au 4° de l’article R. 435-10« .
En conséquence : la population de pêcheurs professionnels qui adhèrent à ces associations ne peut que décliner car l’installation de jeunes est maintenant proscrite en remplacement du départ des anciens. Certes, il est dit que l’article est applicable du 1er septembre 2026 au 31 décembre 2032, mais le mal sera déjà fait sous réserve que l’on abandonne ce moratoire.
Et pendant ce temps
Le groupe technique nous fait savoir que l’on travaille sur la restauration des continuités écologiques et lutte contre les pollutions agricoles, mais que « concrètement, de nombreuses démarches sont paralysées sur le terrain« . Merci, on s’en était aperçu et depuis fort longtemps.
C’est clair: la pêche est utilisée comme variable d’ajustement alors qu’elle a atteint ses objectifs, que son impact est négligeable par rapport aux effets des autres usages et les données existent pour le démontrer.
Mais quand la petite pêche professionnelle aura disparu, quelles excuses vont encore trouver ceux qui nous gouvernent et nous administrent en France comme en Europe pour expliquer la disparition de nos espèces migratrices et le pillage de nos écosystèmes aquatiques, mais il est vrai que les comptes ne sont jamais rendus et que l’on ne tire pas les enseignements de nos erreurs.
Il est plus que temps de demander des comptes.
L’avenir de cette activité dont certaines techniques sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO vaut mieux qu’une réunion à la va-vite pour nous dire à quelles contraintes seront soumis les pêcheurs pour leur avenir.
Pour preuve l’inscription de la pêche au Dideau en Loire au patrimoine immatériel de la France : https://www.culture.gouv.fr/Media/Thematiques/Patrimoine-culturel-immateriel/Files/Fiches-inventaire-du-PCI/pratiques-de-peche-passives-sur-le-bassin-loire-le-guideau-et-le-filet-barrage . C’est un bon point, mais il ne faut pas que la pêche continentale et estuarienne en France devienne une activité que l’on relate uniquement dans les écomusées. Ne nous leurrons pas la disparition de ce type d’activité est le signe le plus criant du peu de considérations que nos communautés humaines ont fait du devenir des écosystèmes aquatiques et de ceux qui en vivent.
Très rapidement, il faut que les données répertoriées précisément sur cette pêcherie soient incorporées, par l’administration qui les détient, pour qu’une expertise crédible et partagée soit faite au moins sur l’évolution du recrutement en civelle dans la partie centrale de son aire de répartition et en premier lieu dans le golfe de Gascogne.
Cette activité de petite pêche qui structure nos territoires maritimes et ruraux, qui permet de soutenir une gastronomie de terroir, mérite bien mieux qu’une solution à la va-vite aboutissant à un soi-disant traitement social qui représente plus une aumône, qu’une solution à moyen ou long terme.